Pourquoi je reste ?

RoseLe problème à la racine
Ce qui sert de terreau aux relations toxiques est – bien souvent – une dépendance affective qui dort loin loin loin du soleil, bien caché sous l’humus.
Une précédente relation douloureuse ? Un sentiment d’abandon passé ? Une famille dysfonctionnelle ? …
A un moment ou à un autre de votre vie, vous avez cru que pour être aimé, il fallait plaire. Et plaire activement. Séduire. Être conforme à l’image, à l’idée, au fantasme qu’une tierce personne avait de vous.

Je pense que, très jeune déjà, j’ai accepté (et adhéré!) à cette étiquette lisse et confortable de « bonne élève » que mes parents m’ont collé sur le front.
A la question « Comment va Séraphine? », ils répondaient « Très bien, elle a brillé en histoire. 20/20. Encore ». Le statut d’élève modèle me définissait. Me faisait exister.
En effet, en dehors des périodes d’interros, je redevenais anonyme. Je faisais partie du groupe : « Oui, les enfants vont bien ».
Pour être regardée, remarquée ou, tout simplement, vue, il fallait être brillante.
Soit.
Je fus, durant toute ma scolarité, excellente.
Puis vint la période redoutée de l’adolescence (bien qu’elle fut relativement tardive chez moi). Je devins « une fille ».
(Ne riez pas)
Une vraie fille (selon le terme légèrement péjoratif employé par ma mère).
Et avec tout l’attirail, en plus !
Jupes, talons hauts, maquillage, minauderies,…
A peine, ai-je mis un pied hors du cadre que je dégringolai de la cimaise.
Plus jamais je ne mériterai alors l’attention parentale.
Pour être acceptée, pour être aimée, il me fallait les applaudissements du jury. Malheureusement, une fois sortie du moule, je n’ai plus jamais pu me résoudre à y retourner… Et malgré tout, je souffrais ! Libre d’être moi-même, oui, mais sevrée trop tôt de l’amour de mes parents (et à cet âge, pense-t-on, d’Amour tout court).
Non pas que j’ai arrêté d’exceller dans tout ce que je faisais (oui, j’y ai mis assez de sueur et de larmes pour me permettre d’utiliser ce terme) mais mes efforts étaient à présent mal dirigé… Je me « trompais de voie », selon eux.
De critiques, ils sont finalement devenus indifférents, m’inculquant ainsi la plus brutale des leçons :  » Être toi-même ne suffit pas pour être aimée, si tu ne veux pas laisser indifférent alors conforme-toi à l’idée qu’on se fait de toi« .

Les bases du chantage affectif sont posées : Je vais t’aimer, si tu agis ou tu fais ce que je te dis de faire. C’est sur ce mode que viendront fleurir vos futures relations toxiques, qu’elles soient professionnelles, amicales ou amoureuses.
Du coup, quand je lis sur certains blogs un peu virulents que « la personne qui se laisse entrainer dans une relation est à moitié responsable de sa situation »…
Je dis oui… Mais non.
On est pas responsable dans le mode « Oh oui, essuie tes chaussures sales sur ma tronche que je les lessive de mes larmes », mais plutôt dans le sens où on constitue un foyer de choix pour que ce genre de vermines prolifèrent.
Un peu d’indulgence avec soi-même. Please !

De la racine aux pétales
De petite graine, je suis devenue une splendide passiflore.
(Les roses, c’est pour les nuls).
J’ai construit ma vie sur ce mode de pensée. J’ai été élevée avec ça. J’ai grandi avec ça (pour autant que je devienne grande un jour). J’ai aimé avec ça…
Jusqu’au jour où je me suis rendue compte – disons plutôt que j’ai lentement commencé à sentir, au fil de ma vie misérable et triste, qu’un truc ne tournait pas rond chez moi – que j’avais essayé de me construire sur du vide, sur du rien.
Je ne vivais pas… J’attendais.

De la même manière que j’avais toujours, en vain, attendu l’approbation de mes parents, j’attendais qu’on m’aime.
Exclusivement. Sans concession. Sans compromis. Sans condition.
C’est pour cela que c’est si dur de se sortir d’une relation toxique…
C’est parce que c’est notre « enfant intérieur » qui est encore en attente.
Attention ! Ce n’est pas parce que, émotionnellement, c’est ambiance fête foraine que nous sommes immature. Pas du tout. Et même, au contraire ! J’ai toujours adoré les responsabilités professionnelles (parce que je me sais excellente – encore – et donc utile), je suis une maman dévouée et ne suis pas dénuée de sang-froid quand les circonstances l’exigent.
Mais oui… Affectivement… Je ne gère rien.

Enfants, la tâche de remplir ces besoins affectifs est dévolue aux parents : « Tout enfant est sensé être aimé de ses parents (même si ça me fait bizarre de l’écrire) ».
Mais en tant qu’adulte… On ne dépend plus de personne ! Les oisillons sont boutés hors du nid et les petits poissons lâchés dans le grand bain. Ce n’est pas le rôle de l’autre de combler vos besoins. On est le seul artisan de son propre bonheur.
CQFD
Pour sortir de ce genre de relation,donc, il faut faire le deuil de ces attentes.
Faire une croix sur tout ce que vous aurez aimé recevoir, tout ce que vous attendez , tout ce que vous attendez de cette personne pour le prendre tel qu’il est.
Parce que oui. On ne peut pas exiger d’être aimée telle qu’on est si on exige quoique ce soit de celui qu’on aime.
Et ça, c’est moche quand on a pas été élevée comme ça…
Mais ça se soigne…

Ce qui nous freine ? Pourquoi on retarde la rupture ?

  • La peur d’être seul(e)
  • La peur de se sentir abandonné(e)
  • Peur de prendre sa place – d’être autonome dans sa vie
  • Le manque d’estime de soi
  • L’impression d’être vulnérable
  • La culpabilité

Ces sentiments ont le même tronc commun : il immobilise. Il nous garde dans l’attente.
On stagne. On a l’impression de ne pas avancer. De ne pas être entendue. On tourne en rond. On évolue pas. On ne s’épanouit pas. On ne se réalise pas.
Comme si être seul était le mal du siècle.
L’erreur à ne pas commettre.
Le faux pas à éviter.
Parce que « être seul » pèse plus lourd au cœur qu' »être bien« .
TOUT semble retarder ce moment où vous ouvrirez les yeux et déciderez de voler de vos propres ailes.
Et pourtant… C’est vous que vous laissez mourir à petit feu dans une relation toxique. Votre temps que vous perdez alors que vous pourriez dessiner, peindre, écrire des poèmes, faire du sport, du trombone à coulisse, sortir avec des copines,… BREF vivre votre vie.
Si vous ne vous occupez pas de vous, qui le fera à votre place ?

Hauts les cœurs, sortez les pinceaux (ou le trombone à coulisse),
il est temps de changer de vie…
MAINTENANT !

A lire également : http://www.madeleinelamarre.com/faire-le-deuil-dune-personne-toxique/

 

 

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2 réflexions sur “Pourquoi je reste ?

  1. Bonjour Séraphine,
    Quelle lucidité dans cette analyse de ton enfance et des failles de ton éducation… La mienne en est un copier/coller: j’aurais pu croire que tu parlais de moi en te lisant. En ce qui me concerne, il m’aura fallu l’aide d’une thérapeute pour decoder tout ça. Ce travail est fait mais il reste le plus difficile: changer doucement mais sûrement la manière dont mon inconscient conçoit l’amour. C’est à ce prix que je pourrais peut être (enfin) établir une relation saine et épanouissante. Qui a dit que la vie était simple?
    A bientôt de te lire.
    Roxane

    Aimé par 1 personne

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